2ème
chapitre.
Le détective
Reid sortit du tribunal de Key West le sourire aux lèvres. L’homme contre qui
elle venait de témoigner allait croupir en prison pour le restant de ses jours.
Après avoir semé la terreur sur Las Vegas pendant trois mois, tuant des
étudiantes qui se risquaient à sortir tard le soir, il avait quitté la ville
alors que la police se rapprochait de lui. Il avait établit son nouveau siège
d’horreur sur tout le territoire des Keys de Floride.
S’attaquant non plus à des étudiantes mais des lycéennes et collégiennes. La
communauté craignait pour la nouvelle génération et priait la police de mettre
un terme à tout cela très rapidement. Voila ce qui expliquait la présence de
Cameron Reid sur l’île. A Vegas, c’est elle qui était chargée de l’enquête avec
le détective Jim Brass. Lorsque la vague de meurtres s’était arrêtée pour
reprendre de plus belle à Key Largo, les détectives ainsi que le labo criminel
avait comprit qu’il s’agissait de leur homme. Etant plus jeune et n’ayant
aucune attache familiale à Las Vegas, Cameron avait donc décidé de partir aider
la police Floridienne. Après deux mois d’allers-retours entre Miami et Las Vegas,
l’enquête avait porté ses fruits et l’assassin avait été démasqué et arrêté. A
présent, il venait d’être jugé et tout finissait bien. Enfin, les parents des
victimes n’étaient qu’à demi soulagés, ils allaient maintenant devoir vivre
dans le souvenir affreux qui leur avait prit leur enfant à jamais.
La jeune femme
allait enfin pouvoir rentrer chez elle et tourner la page sur une des enquêtes
les plus sanglantes de sa carrière. Elle traversa Duval Street et observa les
alentours d’un œil curieux. En deux mois qu’elle parcourait les Keys, elle avait été trop occupée pour apprécier le
panorama. Ces îles étaient comme un monde à part, Key West était plein de
couleurs et de constructions atypiques, dans le style colonial. C’était une
petite île qui vivait pendant l’été grâce au tourisme. C’était à voir au moins
une fois dans sa vie.
Il était près
de sept heures du soir, le procès avait été long et éprouvant. Cameron était
fatiguée mais par-dessus tout, elle avait faim. Avant de se rentre au tribunal,
elle avait été incapable d’avaler quoi que ce soit, trop nerveuse à l’idée de
devoir témoigner. Duval Street possédait bon nombre de bars et de restaurant si
bien qu’elle n’eut que l’embarras du choix. Elle repéra un petit restaurant qui
avait l’air abordable et accueillant puis se dirigea vers l’établissement.
Alors qu’elle allait y entrer, son portable sonna.
« Reid »
dit-elle d’un ton professionnel
« Salut !
Alors comment s’est passé la journée ? Au tribunal ? »
« Il a été
condamné à perpétuité sans possibilité d’appel. »
« Enfin
une bonne nouvelle. Quand seras-tu de retour ? »
« Mon
avion est à midi demain. Alex, ne dit rien à Jim pour le procès, je lui
annoncerai la nouvelle moi-même »
« Pas de
problème. Tu veux que je vienne te chercher demain ? » proposa son collègue Alex Vartann
« Je
croyais que tu partais en week-end avec ta copine » de l’autre côté de la
rue, un homme venait de sortir d’un supermarché.
Il avait un sac
de course en papier dans les bras et marchait tranquillement le long des
magasins. Cameron le fixait sans vraiment s’en soucier, plutôt pour garder ses
yeux de succomber à la fatigue. Au fil de la conversation avec Vartann, elle détaillait l’homme tout en écoutant son
collègue. L’inconnu devait avoir la cinquantaine, il porta un pantalon d’été
beige et une chemise blanche à manches courtes. Sa démarche et sa posture avait
quelque chose de particulier et de curieusement familier. Cameron n’y prêta
guère plus attention, essayant de finir sa conversation.
« Ça se voit
qu’on ne s’est pas parlé depuis longtemps… »
« Qu’est-ce
qui s’est passé ? Tu l’as quitté ? » demanda
Cameron étonnée
« C’est
elle qui est partie… Du jour au lendemain, sans prévenir. Je suppose qu’elle a
trouvé quelqu’un de mieux, va savoir… »
« T’en
fais pas Alex, si elle a fait ça c’est qu’elle ne tenait pas à toi. Elle n’en
valait pas la peine. »
« Faut
croire. Enfin bref, changeons de sujet un peu. »
Alors que
Cameron allait enchaîner sur le boulot, l’inconnu se tourna légèrement en sa
direction pour éviter d’autres passants. La jeune femme ouvrit les yeux en
grand, fatigue oubliée et haleta.
« Cameron ?
Tout va bien ? » s’enquit Alex
« Al, je
te rappelle ! » elle raccrocha subitement
Ce qu’elle
venait de voir l’avait complètement bouleversée et scotchée sur place. Elle
connaissait cet homme de l’autre côté de la rue. Mais comment cela pouvait être
possible ? Cameron retrouva ses jambes et marcha d’un pas lourd vers ce
mystère vivant. Il n’y avait aucun doute, c’était bien lui. Ce grand homme
qu’elle avait à peine connu mais qu’elle pouvait reconnaitre n’importe quand à
force d’avoir vu son portrait. Gil Grissom.
Une petite voix
lui intimait qu’à force de chercher un mort, elle devait avoir des
hallucinations. Seulement, cet homme était trop réel et ressemblant pour être
autre chose que l’entomologiste porté disparu et déclaré mort par la suite.
Cameron
accéléra le pas afin de ne pas le perdre de vue. Elle gardait les yeux rivés
sur lui, ne clignant pas une seule fois par peur de le voir disparaitre.
« Hey ! »
appela-t-elle à l’intention de l’homme mais ce ne fut pas assez fort
apparemment
Tout en
s’approchant elle continua de l’appeler :
« Grissom ?
Gil Grissom ? » fit-elle plus fort
L’homme ralentit
son pas mais ne se retourna pas pour autant. Un coup de klaxon retentit et
Cameron tourna la tête pour voir une voiture s’arrêter à quelques centimètres
d’elle, laissant de grandes marques de freins sur le bitume. Elle avait manqué
de se faire renverser. Elle s’excusa d’un geste au conducteur effaré et
trottina vers son objectif. Il s’était finalement retourné en entendant le
vacarme derrière lui.
Plus aucun
doute à présent, elle se retrouvait face à un fantôme. Il la dévisagea mais ne
sembla pas la reconnaitre.
« Grissom ? »
lâcha-t-elle avec hésitation
L’homme leva un
sourcil et répondit après un court moment de silence.
« Vous
vous trompez de personne je crois »
« Oh ça
non. Vous ne me reconnaissez pas ? » fit-elle
déçue
« Je
devrais ? Et puis, je ne m’appelle pas Grissom. »
« Qu’est-ce
que c’est alors ? »
« Pourquoi
devrais-je vous le dire ? Je ne vous connais même pas. »
« Très
bien, peut être que cela vous aidera à changer d’avis. » elle sortit sa
plaque de détective et lui montra
« Vous
êtes de la police… »
« Oui, je
suis le détective Cameron Reid. »
« Mon nom
est John Smith »
« Vraiment ? »
il portait le nom typique des personnes qui n’avaient pas d’identité, souvent
il s’agissait de victimes d’amnésie.
« Oui.
Pourquoi doutez-vous de mes propos ? » demanda-t-il
avec ce ton si cultivé qui lui était propre
« Parce
que je vous connais. Nous avons travaillés ensemble il y a plus d’un an.
Maintenant, vous voudriez bien venir avec moi, je crois qu’on a des choses à se
dire. »
« Je… d’accord… »
se résigna-t-il
« Allons
prendre un café »
Cameron
l’entraîna vers le restaurant qu’elle s’apprêtait à essayer au moment où son
téléphone avait sonné. Une fois à l’intérieur, ils s’assirent près d’une
fenêtre, dans un coin où il n’y avait pas trop de monde. La jeune femme sortit
un dossier de sa mallette et le posa sur la table sans l’ouvrir. Un serveur
arriva et ils commandèrent leur café.
« Je… ça a
dû vous paraitre étrange que je vous alpague comme ça dans la rue mais
comprenez bien que c’est important. »
« En
effet… »
« Avez-vous
eu un accident l’année dernière ? Accident à cause duquel vous avez perdu
votre identité ? »
« Oui. Je
suis incapable de me souvenir de ma vie avant le vingt et un mars deux-mille
six. J’ai été trouvé sur une plage sans rien qui ait pu m’identifier. »
« Vous
êtes un miraculé, vous savez. » il fit signe de ne pas comprendre
« Vous
étiez à bord du vol 358 à destination de La Havane le vingt et un mars de
l’année dernière. Il s’est écrasé au large de la Floride. Aucun survivant.
Enfin si, vous. »
« Comment
est-ce possible ? Comment ais-je pu m’en sortir ? Le nombre de
survivants dans ce genre d’accidents est pratiquement toujours nul. Sans
oublier le fait que le détroit de Floride contient un nombre impressionnant de
requins… Non, vous devez faire erreur… » Au fond de lui, il savait qu’elle
avait raison.
Ses rêves, ou
plutôt cauchemars qu’il avait déjà eu prenait soudain un sens nouveau.
« J’ai
déjà rêvé que je me retrouvais seul au milieu de l’océan, parmi des multitudes
de débris en tout genre et des corps sans vie… Je n’avais jamais fait le
rapprochement entre ça et le crash. » il avait vu
les reportages télévisés du crash évidemment mais jamais en pensant qu’il y
était lié.
Cameron resta
un moment à l’étudié, lui et ses mots. Finalement, elle continua la
conversation.
« Vous
avez parfois des flashs ? Des visions dans lesquelles vous revoyez des
scènes de votre passé ? »
« Pas
tellement non. Il m’arrive par contre d’avoir des impressions de
déjà-vu. »
« Racontez-moi
comment vous êtes arrivé ici. Quels sont vos souvenirs les plus anciens. »
« Je… Tout
est encore très flou… Je ne me souviens pas du crash comme l’ayant vécu, plutôt
comme s’il s’agissait d’un rêve et que je le vivais à la troisième personne. Je
ne sais toujours pas comment je suis sorti de l’appareil et que j’ai réussi à
remonter à la surface. Je me suis réveillé sur une plage, le soleil sortait à
peine. Je ne savais pas où j’étais ni ce que je faisais là. Je ressentais une
douleur, j’avais mal à la tête et du sang coulait depuis la tempe gauche. J’ai
essayé de me relever mais j’avais mal partout. J’ai fini par me mettre à genoux
puis je me suis péniblement relevé, là j’ai vu deux personnes se précipiter
vers moi. Ils m’ont demandé ce qu’il m’était arrivé. J’étais incapable de leur
répondre quoi que ce soit. Je ne me souvenais plus de rien. Ils ont cru que mon
bateau avait coulé au large et que j’avais nagé jusqu’à la rive. Ensuite, j’ai
eu une sorte de voile devant les yeux et je me suis senti tomber au sol. Quand
j’ai repris connaissance, je me trouvais dans une chambre d’hôpital. »
« C’est à
ce moment qu’ils vous ont diagnostiqué une amnésie… » Cameron posa ses
coudes sur la tables puis vint placer ses mains sous son menton
« Oui, une
amnésie rétrograde. Ils m’ont dit que ce n’était que temporaire, que c’était dû
à ce que j’avais vécu en mer… mon accident. Tout le monde était persuadé que
j’étais une sorte de marin ayant fini à l’eau. »
« Personne
n’a cherché à savoir qui vous étiez ? Vous n’aviez rien sur vous
permettant de vous identifier ? »
« Non…
j’étais un pantalon et chemise. Aucun portefeuille sur moi ni papier
quelconque… » il n’avait effectivement rien eu à
cette époque qui pu l’identifier. La seule chose qu’il avait sur lui, c’était cet
appareil mystérieux qui ne marchait plus. Mais, il n’était pas encore sûr de
vouloir partager cela sans en savoir plus à son sujet.
« Et la
police ? Qu’avez-vous fait lorsque vous voyiez que votre mémoire ne
revenait pas au bout d’un certain temps ? »
« J’ai
demandé à mon médecin quelle attitude je devais avoir vis-à-vis de la
situation. Il a appelé un de ses amis policier et lui a posé la question. La
réponse a été simple, la ville manquait de moyen et les tests ADN coûtaient
trop chers, et je n’étais pas prioritaire devant des affaires de meurtres ou
autre crime tout aussi abjects. Ils avaient raison d’un côté… et puis, nous
sommes dans une station balnéaire pas dans une métropole, les gens croyaient
que j’étais du coin… »
« Vous
n’avez pas essayé de retrouver votre identité par vous-même ? »
« Bien sûr
que si. Mais comment vouliez-vous que je fasse, je n’avais pas d’argent, rien…
Cependant, j’ai très mal vécu cette absence d’identité au début. Je me disais
toujours que quelqu’un finirait par me reconnaitre… Et peut être bien qu’au
fond de moi, j’avais peur de ce que je pourrais découvrir.
Il y eut un
silence après cela. Cameron avait toujours le menton posé sur mes mains,
bloquant un dossier sur la table avec ses coudes.
« Est-ce
que vous allez me dire qui je suis réellement ? » demanda-t-il sur un
ton désespéré
Cameron posa
une main sur le dossier puis finit par se décider à l’ouvrir.
« Je ne
suis pas médecin et encore moins psychiatre. Je ne sais pas si je devrais vous
révéler ces informations aussi librement. Je ne sais pas ce que ça provoquera
en vous, si connaître votre identité et passé sans y être préparé ne vous
laissera pas dans votre état actuel voire pire. »
« S’il
vous plait… Je voudrais savoir qui je suis »
Cameron tourna
une page du dossier et tomba sur la fiche d’était civil de Grissom.
« Vous
vous appelez Gil Grissom. Vous vivez à Las Vegas où vous êtes le superviseur de
l’équipe de nuit au labo criminel. Votre grande spécialité est l’entomologie,
vous êtes un des meilleurs dans le domaine et très prisé. »
Cameron prit la
feuille du dossier et la posa devant l’homme. Ce dernier avait absorbé ses mots
dans le plus grand silence.
« Pour les
détails plus personnels, je vous laisse le soin de les lire vous-même »
« Je… Tout
ceci semble si… irréel » bégaya-t-il après quelques minutes
« Je n’en
doute pas. Mais c’est pourtant votre vie. »
« Je n’ai
pas de famille ? Pas de femme ni d’enfants ? » cela lui parut étrange et triste
« Il y a
bien quelqu’un dans votre vie » Cameron contemplait avec peine la photo
qu’elle avait sous la main
« Je vous
en prie, continuez ! » la pria-t-il vivement
« Dans
votre équipe, il y a une femme avec qui vous êtes très proche. A vrai dire,
vous entretenez une relation intime avec elle. »
Cameron fit lentement
glisser la photo vers lui. Grissom observa longuement le cliché, ses yeux
changeaient d’éclat par moment, comme si le visage lui était familier.
« Moi qui
croyais l’avoir créer dans mes rêves… Elle est bien réelle… » dit-il dans un quasi murmure
« Je vous
demande pardon ? »
« Ce
visage m’est vaguement familier… J’ai l’impression de l’avoir déjà vu mais je
ne m’en souviens pas. » expliqua-t-il sans
quitter la jeune femme brune souriante du regard
« Elle est
quelque part en vous, seulement votre esprit bloque ces souvenirs… »
« Comment
s’appelle-t-elle ? »
« Sara.
Sara Sidle. »
« Sara »
répéta-t-il comme s’il s’agissait d’un automatisme
« Elle est
belle » déclara-t-il avec un léger sourire
« Oui elle
l’est. Et elle est surtout anéantie depuis votre disparition. »
Le visage de
Grissom s’assombrit aussitôt et il reposa la photo sur la table.
« Que
faut-il que je fasse ? J’aimerai venir à Vegas avec vous mais… tous ces
gens… je ne les connais pas. Je n’ai aucun souvenir d’eux. »
« Je ne
sais pas non plus quoi faire, mais comprenez bien que je dois annoncer la
nouvelle à ces gens. Tous vous croient mort, il faut qu’ils sachent la vérité,
ils ont beaucoup souffert de votre disparition. Vous pourriez peut-être
consulter un nouveau médecin, un spécialiste de l’amnésie… voir s’il existe un
traitement ou une méthode pour accélérer votre guérison. »
« Ça fait
plus d’un an que je suis dans cet état, et jamais il n’y a eu d’amélioration.
Je ne vois pas ce qui pourrait me faire recouvrir ma mémoire d’autre. Mais… je
voudrais essayer, voir si mes souvenirs reviennent dans un environnement qui
m’est normalement familier. »
« Il va
falloir que je les prévienne avant, ça va leur faire un choc. Je vais me
charger de vous faire rentrer là où vous appartenez. » Grissom opina
lentement de la tête
« En
attendant, rentrez chez vous dormir. Vous avez un numéro de téléphone où je
peux vous joindre ? » il s’empressa de le
marquer sur un bout de serviette en papier
Cameron ferma
le dossier avant de se lever.
« Je vous
appellerai demain »
« D’accord »
Elle le
dévisagea un court instant puis lança un ‘bonne nuit’ par-dessus son épaule
avant de quitter les lieux. Une fois à l’extérieur, elle s’appuya contre un mur
puis poussa un long soupir. D’une main tremblante, elle sortit son téléphone
portable et composa un numéro.
« Détective
Brass » fit une voix
« Jim,
c’est Cameron. Je l’ai trouvé… j’ai trouvé Gil Grissom »
A suivre…